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S’appuyer sur ces petites réalisations qui changent les choses dans nos collectivités

novembre 6, 2017

par David Sylvester

Directeur, Collège universitaire King

Mon expérience de dix-huit ans comme président d’université m’a appris que le changement institutionnel est souvent issu des politiques, mais que ce sont souvent les petites réalisations sur le campus qui changent les choses dans nos collectivités, tant immédiates qu’élargies.

À la suite de la débâcle de Charlottesville aux É.-U., des leaders communautaires – dont plusieurs présidents d’université – se sont mis à leur clavier pour rédiger des déclarations vigoureuses sur leur engagement envers la diversité et pour s’élever publiquement contre des incidents troublants qui menacent l’essence même du contrat social.

Avant d’écrire mon message à la collectivité du Collège universitaire King, je suis sorti de mon bureau et j’ai tourné à droite pour franchir le petit corridor qui me sépare du Salon Vitali. Je voulais respirer l’ardeur de ces 80 jeunes garçons et filles plongés dans un monde à part, défini par des ciseaux, du papier et de la gouache. Ils faisaient du bricolage dans le cadre des activités du Camp œcuménique de London pour la paix. J’ai bavardé avec des conseillers – jeunes et adultes – et des campeurs musulmans, juifs et chrétiens qui préparaient une sortie à la synagogue locale. Et cela m’a inspiré un point de vue plein d’espoir à présenter à mes collègues du corps professoral, aux étudiants et aux anciens, en plus de resituer la marche des tenants du patrimoine en Virginie, l’attentat dans une mosquée à Québec et les soi-disant interdictions de voyager.

Ces discussions m’ont rappelé pourquoi un établissement postsecondaire comme le mien a décidé il y a des années d’appuyer la création d’un centre voué à l’ouverture entre les divers groupes confessionnels de notre ville – un projet que plusieurs avaient alors qualifié de rupture inutile avec notre mission éducative d’université publique.

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Je suis fier de dire que d’autres croient comme moi que les collèges et universités ont le devoir fondamental de se connecter à la collectivité et d’utiliser leurs ressources humaines et financières pour bâtir la société dont ils font partie. On voit s’amorcer un débat sur le rôle énorme que pourraient jouer les collèges et universités en vue de renforcer le tissu social au Canada.  Une nouvelle expression au cœur de ce débat, bâtir l’infrastructure sociale, englobe les priorités actuelles des campus comme l’engagement communautaire, les partenariats pour l’innovation sociale et la recherche axée sur la collectivité – et reconnaît que les collèges et universités devraient jouer un rôle plus important dans ce domaine.

Certes, les collèges et universités du Canada sont depuis longtemps des bâtisseurs de la collectivité, du simple fait que les partenariats font partie intégrante de l’avancement de leurs missions en éducation – recherche, enseignement et service. C’est bien souvent la mission institutionnelle globale qui stimule l’engagement communautaire. En pratique, les partenariats avec la collectivité sont un élément essentiel du succès des programmes et des priorités de recherche de certains départements, ou de certains universitaires.

Les plus petites collectivités et les collèges sont souvent très conscients que c’est ce lien dynamique avec la collectivité qui établit la pertinence de l’établissement – autrement dit, celui qui ne répond pas aux besoins du milieu risque de ne pas faire vieux os. Les motifs qui sous-tendent l’engagement envers – et dans – la collectivité sont parfois complexes, mais la plupart du temps, cet engagement entraîne un renforcement mutuel.

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L’apprentissage axé sur l’engagement social et la recherche communautaire participative ont toujours fait partie de la mission et de la praxis de King depuis sa fondation il y a plus de 60 ans. C’est pourquoi nous avons offert le premier programme spécialisé d’études pour la paix et la justice sociale et que nous sommes à l’origine du Centre de recherche de London sur la pauvreté, du programme d’arts libéraux 101 de King (destiné à des étudiants non traditionnels), du Centre d’apprentissage juif, catholique et musulman (qui parraine le camp œcuménique sur la paix) et d’une foule de programmes et de pratiques dans les études universitaires, l’approche communautaire et la finance sociale.

Ce qui est toutefois en train de changer chez nous, c’est la conscience croissante qu’il faut faire plus pour assurer la pérennité de ces programmes et accroître leur impact sur la collectivité, en partenariat avec d’autres établissements postsecondaires. King a donc pris l’engagement stratégique de s’appuyer sur ces programmes locaux et souvent à petite échelle, et de mettre à profit sa situation d’employeur, d’acheteur et de centre d’enseignement et de recherche.

Dans tout le pays, le même débat prometteur se déroule sur d’autres campus. Si les collèges et universités du Canada font le pari de considérer l’infrastructure sociale comme une priorité, et qu’ils travaillent avec des groupes communautaires et appuient des organismes et des instances gouvernementales, on peut entrevoir la mise en œuvre de projets coopératifs viables et fructueux, qui rapporteront d’incroyables dividendes sociaux à l’ensemble de la société canadienne.

Il est temps que les leaders du monde de l’éducation au Canada reconnaissent qu’il vaut la peine d’appuyer des projets ayant démontré leur impact positif sur les collectivités et les campus. Si nous le faisons ensemble, de façon délibérée, il est possible de changer les choses – non seulement pour nos établissements, mais pour le pays tout entier.

 

David Sylvester, directeur
Collège universitaire King
London, Ontario

2017-11-06T22:28:32+00:00 novembre 6th, 2017|Tags: |