Résoudre les problèmes d’aujourd’hui et de demain grâce aux infrastructures sociales

  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

Résoudre les problèmes d’aujourd’hui et de demain grâce aux infrastructures sociales

mars 27, 2018

par Academica Group

Cet article a été originellement publié dans Academica Group (en anglais seulement) et est reproduit ici avec son autorisation.

La cohésion sociale et le bien-être communautaire sont de plus en plus menacés sur la scène mondiale et les gouvernements ne possèdent plus les mêmes ressources qu’avant pour aborder ces menaces. Alors que la mondialisation vient étouffer les budgets publics, un grand nombre d’établissements postsecondaires doivent de plus en plus justifier leur mandat face aux communautés qu’ils desservent. Cependant, devant ces pressions convergentes, les dirigeant.es canadien.nes du secteur postsecondaire voient la possibilité d’utiliser les capacités et les ressources de leur établissement pour aborder certains des problèmes les plus graves de notre société.

Selon le recteur de l’Université Simon Fraser Andrew Petter, la menace actuelle au bien-être communautaire découle d’un besoin urgent d’« infrastructures sociales », ou de ressources institutionnelles pouvant servir au bien social. « Le nombre d’infrastructures sociales a diminué et cela met de la pression sur les communautés », explique monsieur Petter. « Le fait que la capacité fiscale des gouvernements ait aussi diminué vient accroître encore davantage cette pression. Vers qui les communautés peuvent-elles alors se tourner pour obtenir le soutien nécessaire pour créer les liens qui sont fondamentaux à de saines communautés? »

À quoi ressemblent les infrastructures sociales de manière concrète? Prenons l’exemple de Diversity Food Services, qui fournit des services alimentaires sur les campus. Il s’agit d’un projet mis sur pied conjointement par l’Université de Winnipeg et l’organisme SEED Winnipeg. Celui-ci permet de créer des emplois pour les néo-Canadien.ne.s, les Autochtones, les résident.e.s de la communauté et les étudiant.e.s universitaires, en plus d’offrir des aliments nutritifs, abordables et de sources responsables sur les campus. Ce faisant, Diversity Food Services exploite le potentiel qu’ont les infrastructures des services alimentaires actuels de l’université de servir d’outil pour tenter de résoudre des problèmes sociaux répandus. Il réduit les émissions de carbone et appuie l’agriculture locale en s’approvisionnant de producteurs situés dans les environs de Winnipeg, lorsque possible. Le projet réduit aussi la précarité en matière d’emploi en créant de bons emplois qui bénéficient à la fois l’université et la communauté dans son ensemble.

Philip Landon, vice-président de la gouvernance et des programmes chez Universités Canada, souligne que les grandes entreprises privées jouaient autrefois un rôle traditionnel au sein des communautés. Mais ce rôle a connu un déclin, ce qui vient ajouter aux pressions causées par la baisse des ressources fiscales des gouvernements. Monsieur Landon appelle ces entreprises des « établissements d’ancrage », c’est-à-dire des entreprises riches en ressources qui entretiennent un lien solide avec leurs communautés immédiates par l’entremise de leur mission, du capital investi ou des relations avec les client.es, les employé.es et les fournisseur.ses.

« Les établissements d’ancrage étaient autrefois de grandes usines ou compagnies d’assurance », explique monsieur Landon, « mais celles-ci s’investissent aujourd’hui moins dans leurs communautés locales, puisqu’elles adoptent une orientation plus mondiale. Ces établissements de confiance se font donc de plus en plus rares. » Monsieur Landon ajoute que ce déclin est un des facteurs qui amènent les établissements postsecondaires à assumer davantage un rôle d’établissement d’ancrage.

Il est vrai que tous les établissements ressentent une certaine pression à justifier leur utilité pour la société en général, mais ils ne perçoivent pas tous celle-ci de la même façon. « Des universités ayant une réputation mondiale en matière de recherche ne ressentent par exemple peut-être pas le même besoin de justifier leur existence que des établissements régionaux plus modestes », indique David Sylvester, recteur de la University of St Michael’s College de l’Université de Toronto. « Cela ne veut pas dire que les écoles reconnues sur la scène mondiale n’entretiennent pas elles aussi des liens communautaires solides », précise-t-il, « mais pour le dire simplement, toutes les écoles qui ne sont pas de la trempe d’Harvard devront faire plus pour prouver leur pertinence à la communauté. »

Pour messieurs Petter, Landon et Sylvester, les pressions qui touchent les établissements d’enseignement supérieur et les communautés avoisinantes nous amènent à poser la question suivante : comment les établissements utilisent-ils leurs ressources pour aborder les enjeux complexes qui touchent les communautés qu’ils desservent?

Célébrer les réussites et regarder vers l’avenir

Les établissements postsecondaires du Canada ont toujours joué un rôle important au sein de leurs communautés environnantes, que ce soit grâce à leur mission première d’enseignement et de recherche, ou en établissant des partenariats significatifs et durables avec des organismes communautaires.

« Il est crucial de reconnaître, mettre en évidence et célébrer les efforts déjà entrepris au moment de bâtir les infrastructures sociales du Canada », affirme Chad Lubelsky, directeur du programme RECODE, une initiative de La fondation McConnell qui a été mise sur pied pour permettre aux établissements de mieux favoriser le bien-être social.

Ce dernier pense qu’une des choses les plus importantes que ces derniers peuvent faire pour appuyer les infrastructures sociales consiste à reconnaître les travaux entrepris pour ensuite les intégrer à un mouvement plus vaste. C’est pour cette raison que RECODE et l’Université Simon Fraser ont commandé l’an dernier un document de travail intitulé Maximiser la capacité des établissements d’enseignement supérieur de bâtir des infrastructures sociales pour les communautés canadiennes. Ce document s’est avéré un outil essentiel lors d’une table ronde regroupant 19 recteurs et rectrices universitaires qui a été organisée dans le cadre de l’édition 2017 de l’événement C2U Expo à Surrey en Colombie‑Britannique.

Pour certains dirigeant.es canadien.nes du secteur postsecondaire, il pourrait être nécessaire de faire de l’engagement communautaire le cœur même de la mission institutionnelle pour relever le défi des infrastructures sociales. Toutefois, pour faire ceci, un établissement doit convaincre ses intervenant.es internes que la construction d’infrastructures sociales l’aidera à réaliser sa mission première.

« Les établissements ont traditionnellement considéré l’engagement communautaire comme quelque chose que nous faisons sur le coin de notre bureau », admet Andrew Petter. « Nous observons actuellement une plus grande sensibilisation parmi le personnel administratif et le corps professoral, qui réalisent que ce genre d’engagement améliore l’efficacité des écoles en tant qu’établissements d’enseignement et de recherche. » Il ajoute que c’est grâce à une telle vision qu’un établissement peut voir l’engagement communautaire non plus comme un service à sens unique offert à la communauté, mais plutôt comme une façon mutuellement bénéfique d’atteindre l’objectif de l’enseignement supérieur.

« Il y a des personnes concernées qui souhaitent voir l’université effectuer un virage complet » fait remarquer Philip Landon, « l’aspect communautaire arrivant alors au premier rang et la création de connaissances au second rang. » Il précise toutefois que l’ampleur d’un tel virage dépendra d’une école à l’autre et d’un département à l’autre, puisque certains domaines, par exemple les sciences sociales, entretiennent traditionnellement des liens de recherche plus étroits que d’autres avec la communauté.

Selon monsieur Landon, un élément crucial du mouvement croissant qui entoure les infrastructures sociales est la manière dont les établissements adoptent une approche plus holistique pour intégrer ce genre de travaux dans leur mission première. Il mentionne par exemple que certaines écoles ont apporté des modifications à leurs stratégies d’approvisionnement pour veiller à ce que les décisions prises dans ce domaine aient davantage d’impact sur le bien-être social. Monsieur Petter abonde dans le même sens en soulignant la décision prise par l’Université Simon Fraser de conclure des ententes avec des fournisseurs locaux affichant également une forte mission communautaire en ce qui concerne la construction et les machines distributrices sur le campus.

Les établissements comprennent aussi de mieux en mieux comment mobiliser les ressources à leur disposition (qu’elles soient humaines, financières, physiques, etc.) pour créer des liens plus solides avec leurs communautés. Selon David Sylvester, un établissement doit adhérer entièrement à la construction d’infrastructures sociales s’il souhaite adopter une approche holistique pour soutenir ces dernières. Cela pourrait vouloir dire présenter un rapport annuel à la communauté pour expliquer ce qui a été fait par l’établissement dans le but d’encourager les infrastructures sociales. Cela pourrait aussi exiger que le corps professoral et les établissements travaillent ensemble pour saisir pleinement comment de tels travaux s’intègrent dans le cheminement de carrière d’un ou d’une membre de la faculté.

Conclusion

On ne sait pas exactement dans quelle mesure la mission de bâtir des infrastructures sociales changera le secteur canadien de l’enseignement supérieur. Ce qui est clair toutefois, ce sont les défis auxquels sont confrontés bon nombre d’établissements et de communautés, ainsi que les bienfaits mutuels qui pouvant résulter d’une collaboration entre ces deux acteurs. Même à une époque de mondialisation et de restrictions budgétaires au sein des gouvernements, les établissements postsecondaires possèdent les ressources et la capacité d’agir comme des établissements d’ancrage axés sur le bien-être social grâce à l’emploi, l’approvisionnement, la collaboration et une foule d’autres aspects. En effet, ils peuvent à la fois maintenir et développer le rôle déjà indispensable qu’ils jouent au sein de la société canadienne en se servant de leur expertise, de leurs ressources et de leurs capacités pour réfléchir à des enjeux complexes.

 

 

2018-03-27T16:47:26+00:00 mars 27th, 2018|Tags: , |