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​Les relations au cœur de la réconciliation

par Pamela Ouart-McNabb Chargée de programmes senior, La Fondation de la famille J.W. McConnell

Aaniin! Je m’appelle Pamela Ouart-McNabb. Je suis une épouse, une fille, une sœur, une tante, une étudiante au doctorat et nouvellement membre de l’équipe de La fondation de la famille J.W. McConnell. Mes ancêtres étaient des colons allemands et ukrainiens, et je fais désormais partie d’une famille anishinaabe grâce à une cérémonie et des liens de mariage. J’ai l’impression de vivre la réconciliation tous les jours dans ma vie personnelle et professionnelle. Cela m’amène à me questionner constamment sur l’éthique entourant cette situation. Ce matin, en parcourant mon fil Facebook, mon regard s’est arrêté sur un mème de motivation publié par un centre de conditionnement physique qui disait ceci : « Ça va être douloureux et ça ne sera pas facile, mais vous adorerez le résultat. » J’ai pensé que c’était là une bonne façon de voir la réconciliation.
Les établissements postsecondaires sont bien positionnés face au défi que représente la réconciliation pour catalyser un changement à l’aide de l’apprentissage et de l’enseignement. J’ai découvert la culture anishinaabe grâce au programme de doctorat en études autochtones de l’Université Trent. Passer de programmes universitaires occidentaux à un programme axé sur le savoir autochtone s’est avéré tumultueux, mais cela m’a marqué profondément. La possibilité d’apprendre de sages communautaires et traditionnels en se préparant à une cérémonie, ou durant la cérémonie elle-même, est une expérience transformatrice. Bien que cette approche en matière d’apprentissage aille de soi au sein des communautés autochtones, elle est novatrice pour les établissements postsecondaires.

Par exemple, des étudiants, des professeurs et des administrateurs autochtones et non autochtones ne doivent pas seulement apprendre au sujet des territoires; ils doivent aussi prendre le temps d’apprendre des territoires.

Selon moi, les fondements de la réconciliation au sein de ce genre d’établissements doivent reposer sur l’adoption d’approches et de cérémonies autochtones. Par exemple, des étudiants, des professeurs et des administrateurs autochtones et non autochtones ne doivent pas seulement apprendre au sujet des territoires; ils doivent aussi prendre le temps d’apprendre des territoires. Une ouverture quant à la façon d’enseigner aux étudiants et au personnel est indispensable pour comprendre les cultures autochtones et apprendre de celles-ci. Ce sont les étudiants et les communautés autochtones qui doivent concevoir les programmes, de manière à optimiser les résultats et l’authenticité de ces nouveaux moyens éducatifs. Ces programmes doivent aussi privilégier leurs besoins. Cela veut notamment dire que ces derniers ne doivent pas agir à titre de bénévoles, mais être rémunérés équitablement pour leur travail.
Des relations significatives sont à la base de ces travaux. Il faut considérablement de temps et d’énergie pour nouer et maintenir de telles relations. Celles-ci peuvent servir à équilibrer le pouvoir et à en redonner aux communautés autochtones. Les représentants d’établissements non autochtones devront donc faire preuve d’efforts supplémentaires pour bâtir des relations solides aux fins de la réconciliation. C’est ici que la question de l’éthique entre en jeu. Une aînée de la nation anishinaabe du nom de Wendy Phillips m’a dit un jour qu’il faut 18 mois pour apprendre à connaître quelqu’un et se sentir en confiance dans une relation. Et cette confiance permet d’accéder à un espace de travail productif.
Les gens observent donc nos gestes durant 18 mois et c’est à nous de gagner leur confiance. Ma thèse de doctorat porte sur l’éthique de la recherche autochtone et aborde le « Code de Bimadiziwin », un enseignement que m’ont partagé les aînés anishinaabe Mark et Wendy Phillips. Selon eux, la vérité, la gentillesse, le courage, l’honnêteté, la générosité, l’amour, l’honneur, l’humilité et la sagesse sont liés pour illustrer notre manière de vivre. C’est là pour moi une question d’éthique. Si nous réussissons à vivre en fonction de ces idéaux, nous pouvons satisfaire ou surpasser d’autres normes en matière d’éthique. Tous les êtres humains font des erreurs, mais la manière dont nous apprenons de nos erreurs révèlent nos véritables intentions. Il peut être difficile de reconnaître nos erreurs, mais c’est dans cette difficulté, dans cet état d’inconfort, que la réconciliation devient possible.
En nouant des relations solides, les établissements postsecondaires et les communautés autochtones peuvent commencer à créer ensemble le curriculum de la réconciliation. Il faudra sans doute plus d’un mandat gouvernemental pour que celle-ci se concrétise de manière réelle. Il faudra peut-être même plus d’une génération pour y arriver. Il est toutefois primordial de commencer maintenant (ou continuer) pour être sûrs de mieux réussir à l’avenir.

Juin 6, 2017 |