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Mon année en tant que boursière en innovation sociale à La fondation McConnell : ce que j’ai appris et ce qu’il me reste à apprendre

par Jennifer Gammad Lockerby RECODE Social Innovation Fellow

 
À quoi renvoie l’innovation sociale au juste? Et les infrastructures sociales? Et la création d’un mouvement? J’étais pleinement confiante au début de ma bourse de recherche que j’allais trouver les réponses à ces questions. Mon mandat était d’appuyer le programme RECODE et ma description de tâches incluait l’engagement des intervenants et intervenantes, la planification d’événements, la communication et des tâches programmatiques comme la rédaction de rapports et la gestion de projets. Assez facile tout ça, n’est-ce pas?
Ayant auparavant acquis de l’expérience dans les domaines de la justice sociale, du communautaire et des services directs, j’avais hâte de découvrir ce nouvel univers de philanthropie et d’innovation sociale. Avec du recul toutefois, je pense que je n’étais pas vraiment prête à m’adapter aux cadres, outils, relations et façons de penser se rapportant à la transformation sociale.
À la fin de ma première journée de travail, le vice-président de La fondation McConnell m’a demandé de résumer ce que j’avais appris ce jour-là. La question m’a semblé particulière, même si j’étais habitué aux postes de stagiaire ou aux emplois d’été pour étudiants et étudiantes. La question ne renvoyait pas à une tâche ou un projet précis et que je l’ai compris ou non à ce moment-là, elle a donné le ton à mon expérience en tant que boursière.
Voici donc, dans un esprit d’apprentissage, les principales leçons que j’ai apprises durant cette période.

LEÇONS APPRISES

J’ai souvent eu l’impression de ne pas en faire assez à La fondation McConnell. Vu mon expérience en services directs, j’avais hâte de voir des répercussions sur le terrain, mais j’avais l’impression d’être confinée à travailler 30 000 pieds dans les airs. Après avoir vécu les tensions entre les communautés d’innovation sociale et de justice sociale, mon approche personnelle de justice sociale me semblait entrer en conflit avec ma vie professionnelle. Je pensais donc qu’il serait impossible pour moi de faire du bon travail à La fondation sans trouver le moyen de réconcilier ces deux communautés de pratique.
Je me concentrais aussi beaucoup sur le rendement et les résultats. Normal peut-être puisque je venais juste de laisser derrière moi l’université, les notes et les moyennes pondérées cumulatives. Peu importe les relations que j’ai nouées durant mon baccalauréat ou les recherches intéressantes que j’ai effectuées, ma moyenne pondérée cumulative représentait la mesure ultime de mon succès. Au travail, cette façon de voir les choses s’est traduite par une hypersensibilité face à l’opinion de mes collègues et de La fondation à mon égard, à savoir si j’atteignais ou non mes objectifs de développement professionnel. Mes contributions sont-elles utiles? Est-ce que j’aide mes collègues? Est-ce que je m’adonne bien au réseautage? Suis-je assez productive?
Ces pensées ont nui à ma croissance et à mes résultats. Je me suis rapidement sentie dépassée et en manque de motivation. C’était impossible pour moi de participer pleinement durant les rencontres et les projets, car ce qui me préoccupait, c’était de faire ou de dire la bonne chose. J’ai par conséquent choisi de m’attaquer aux tâches les plus faciles, croyant ne pas pouvoir offrir beaucoup en matière de contenu.
Mais cela a complètement changé durant la deuxième partie de mon année en tant que boursière, et ce, grâce à quelques réalisations et événements heureux :
1. Parfois, cela suffit d’être présent à la table.
À l’occasion d’événements centrés sur les Autochtones par exemple, juste représenter La fondation McConnell à titre de jeune et d’alliée racialisée s’est avérée une expérience marquante (celle-ci étant un des grands bailleurs de fonds canadiens de la réconciliation). Je pense que leur expérience commune de colonialisme et d’exploitation (même si ces expériences ne sont pas du tout les mêmes) a aidé à bâtir des fondations de confiance et de solidarité parmi les Autochtones que j’ai rencontrés. Ce sont des expériences comme celles-là qui sont venues soutenir l’importance de la bourse de recherche, mais également l’importance qu’une personne ayant mon vécu puisse avoir accès à ce poste et à cet organisme.
2. Il est indispensable d’adopter une approche qui place les relations au cœur du travail dans le cadre des collaborations et des partenariats pour bâtir des ponts.
Intuitivement, je vois les gens dans des contextes interpersonnels en fonction de leur position sociale et des dynamiques de pouvoir qui s’y rattachent. Par exemple, je m’identifie comme une femme de couleur venant d’une famille de nouveaux arrivants qui détient un diplôme universitaire et cela influe sur la manière dont j’entre en interaction avec les autres, et vice versa. Je crois sincèrement qu’une collaboration réelle exige de reconnaître le pouvoir et les privilèges, mais cela ne suffit pas, surtout en cas de conflits.
D’un autre côté, adopter une approche qui place les relations au cœur du travail permet de voir les gens avant tout en fonction de leurs expériences personnelles, de leurs préférences et de leurs modes de fonctionnement. Il importe de reconnaître que les gens expriment leur engagement ou leur appréciation de façons différentes (prenons par exemple les cinq langages de l’amour) pour créer des relations réciproques et significatives. À partir du moment où j’ai commencé à consciemment penser en termes de relations plutôt que de transactions, j’ai ressenti un lien plus fort avec les gens autour de moi et je me suis sentie moins sur la défensive lorsque j’avais l’impression qu’on remettait mes valeurs en question. En réalité, les situations où je sentais mes valeurs compromises ont considérablement diminué et la collaboration est devenue plus facile.
3. Se concentrer sur son rendement au lieu de faire avancer les travaux entraîne des résultats complètement différents.
Rendue plus sage grâce aux affirmations ayant découlé des deux premières leçons, et alors que mon année en tant que boursière tirait à sa fin, j’ai eu davantage envie de voir mes divers projets et programmes connaître du succès au-delà de mon mandat. J’ai arrêté de me soucier de la façon dont on me percevait ou de me demander si mes collègues m’appréciaient pour plutôt mettre toute mon énergie sur l’avancement des travaux. Je percevais désormais ma personne et mon travail comme faisant partie d’un réseau ou d’un mouvement plus vaste, ce qui m’a amené à moins m’inquiéter de mon rendement ou des dynamiques interpersonnelles. Grâce à ce changement, les compétences, les relations ou les livrables qui ont retenu toute mon attention durant la première moitié de mon mandat sont venus plus naturellement.

REGARDER VERS L’AVENIR

Alors que j’entame la prochaine étape de ma carrière, je suis reconnaissante : a) pour le système de soutien de la fondation qui m’a poussé à profiter d’occasions d’apprentissage; b) d’avoir réussi (éventuellement) à relever les défis que la bourse de recherche a mis sur mon chemin. Bien sûr, toute cette réflexion m’a permis de cerner des leçons qui me reste à apprendre, par exemple être plus conséquente dans la manière dont j’agis au quotidien et la manière dont je réagis en situation de crise.
En repensant encore une fois à l’année qui se termine, je suis étonnée de constater à quel point j’ai changé sur les plans professionnel et personnel. Mon mentor m’a dit durant le premier mois : « Tu vas surestimer ce que tu peux faire en six mois et sous-estimer ce que tu vas accomplir en deux ans. » Je n’y avais pas beaucoup réfléchi à ce moment-là, mais un an plus tard, je peux affirmer hors de tout doute qu’elle avait raison.

Oct 17, 2018 | Étiquettes : , ,